L’économie de l’attention est en train de mourir. Et beaucoup d’entreprises regardent ailleurs.

Je suis régulièrement la chaîne YouTube IA et Stratégie | Le SamourAI pour une raison simple : elle parle rarement de l’IA comme d’une collection de nouveaux boutons.

Et Dieu sait que nous avons déjà suffisamment de contenus du type « 17 prompts qui vont changer votre vie », « CETTE NOUVELLE IA DÉTRUIT CHATGPT » ou « J’ai automatisé mon entreprise pendant que je faisais une sieste ».

Merci, ça ira.

La vidéo « L’économie de l’attention est morte » s’intéresse à un sujet autrement plus sérieux : ce que l’arrivée des agents IA pourrait faire au modèle économique sur lequel une bonne partie d’Internet repose depuis vingt ans.

Pendant vingt ans, Internet s’est battu pour nos yeux

Le modèle est devenu tellement familier qu’on finit par ne plus le voir.

Google veut que nous cherchions. Instagram veut que nous regardions. YouTube veut que nous restions. Amazon veut que nous parcourions son catalogue. Les médias veulent le clic. Les marques veulent quelques secondes de cerveau disponibles.

L’attention est devenue une ressource économique. Toute une industrie s’est construite autour de cette rareté : publicité, référencement, retargeting, influence, social media, notifications et recommandations algorithmiques.

Nous sommes devenus extraordinairement bons pour interrompre quelqu’un qui voulait faire autre chose.

Puis arrive un nouvel intermédiaire.

L’agent IA.

Et lui n’a pas d’attention à vendre.

Un agent IA ne regarde pas votre joli carrousel

Imaginez que je cherche un ordinateur.

Aujourd’hui, je peux taper une requête sur Google, ouvrir huit onglets, lire quatre comparatifs, regarder une vidéo YouTube, retourner sur Amazon, comparer les prix, fermer Amazon, revenir le lendemain, puis cliquer sur une publicité pour un ordinateur que j’ai déjà acheté parce que le retargeting a parfois la grâce et la subtilité d’un huissier à 6 heures du matin.

Demain, je peux simplement dire à un agent :

« Je cherche un ordinateur léger, moins de 1 500 euros, bonne autonomie, capable de faire tourner mes logiciels, avec un écran d’au moins 14 pouces. Compare les meilleures solutions et explique-moi ton choix. »

La nature du problème change.

Je ne suis plus en train de donner mon attention à dix entreprises concurrentes. J’exprime une intention. Et un logiciel travaille ensuite à partir de cette intention.

Ce n’est déjà plus une hypothèse de laboratoire. En septembre 2025, OpenAI a lancé l’Agentic Commerce Protocol et le paiement instantané dans ChatGPT, avec l’objectif explicite de permettre aux personnes, aux agents IA et aux entreprises de collaborer dans le processus d’achat.

En 2026, OpenAI a encore renforcé la découverte produit dans ChatGPT : comparaison visuelle, contraintes de budget, préférences et informations produits plus structurées. Autrement dit, le trajet « recherche, comparaison, décision » commence déjà à se condenser dans une interface conversationnelle.

L’économie de l’intention n’est pas née avec ChatGPT

L’expression mérite une précision. L’idée d’une intention economy existait bien avant l’explosion des IA génératives.

Doc Searls situe la première utilisation de l’expression dans une chronique de mars 2006. Son idée était déjà de déplacer le pouvoir vers des clients capables d’exprimer ce qu’ils veulent, au lieu de laisser les entreprises acheter leur attention et tenter de deviner leurs besoins.

Les agents rendent aujourd’hui ce scénario beaucoup plus techniquement plausible.

Demain, être visible ne suffira peut-être plus

Prenons une entreprise qui vend une prestation.

Aujourd’hui, elle cherche à être vue. Elle travaille son référencement, publie sur LinkedIn, achète éventuellement de la publicité, construit une audience, obtient un clic, puis tente de convertir ce clic.

Mais imaginons qu’une partie croissante des décisions passe par un agent.

La question n’est plus seulement : « Comment attirer l’attention du client ? »

Elle devient : « Comment faire en sorte que le système chargé de chercher pour lui comprenne que je suis une réponse pertinente ? »

Et c’est ici que SEO, données structurées, GEO, réputation numérique, cohérence éditoriale et preuves commencent à se rejoindre.

Mon hypothèse est la suivante : la visibilité dépendra de plus en plus de notre capacité à être correctement compris par les systèmes qui médiatisent la recherche, la comparaison et la recommandation.

Une machine n’est pas impressionnée parce que votre bannière LinkedIn est très jolie. Elle peut en revanche exploiter des informations sur votre spécialité, votre localisation, vos références, vos contenus, vos tarifs lorsqu’ils sont publics, les personnes qui parlent de vous et la cohérence entre ce que vous affirmez et ce que le reste du Web permet de vérifier.

Autrement dit, l’un des enjeux devient la lisibilité informationnelle.

Et je trouve cela infiniment plus intéressant que de savoir s’il faut publier sur LinkedIn à 8 h 03 ou à 8 h 17.

Le cas Walmart montre surtout que personne ne maîtrise encore le modèle

La vidéo évoque un cas particulièrement instructif.

Walmart a rendu environ 200 000 produits disponibles à l’achat directement dans ChatGPT. Selon Daniel Danker, dirigeant produit de Walmart interrogé par WIRED en mars 2026, le taux de conversion de cette sélection a été environ trois fois inférieur à celui des produits pour lesquels les utilisateurs devaient cliquer vers le site de Walmart.

Walmart et OpenAI ont donc fait évoluer le dispositif, en privilégiant davantage l’intégration de Sparky, l’assistant de Walmart, dans les interfaces IA.

On pourrait lire ça comme : « Voilà, le commerce agentique ne marche pas. »

Ce serait beaucoup trop rapide.

Ce test montre surtout que les comportements humains, les interfaces commerciales et les capacités techniques ne se transforment pas au même rythme. Nous essayons actuellement de déterminer où placer la caisse dans un magasin dont nous sommes encore en train de construire les murs.

Et le mouvement continue. Reuters rapportait encore en août 2026 que des enseignes comme Walmart, Ulta Beauty et Wayfair adaptaient leurs contenus pour mieux apparaître dans les réponses des chatbots, tout en cherchant à conserver la transaction et la donnée client dans leurs propres environnements.

La bataille ne disparaît pas. Elle change d’endroit.

Il y a aussi un côté beaucoup moins sympathique

Il serait naïf de raconter cette évolution uniquement comme une merveilleuse libération du consommateur.

Celui qui connaît vos intentions possède quelque chose d’extrêmement précieux.

L’économie de l’attention cherche à savoir : « Qu’est-ce qui réussira à retenir votre regard ? »

L’économie de l’intention peut chercher à savoir : « Qu’êtes-vous sur le point de faire ? »

La différence est énorme.

Des chercheurs de Cambridge ont justement alerté sur ce risque. Dans un article publié par la Harvard Data Science Review, Yaqub Chaudhary et Jonnie Penn décrivent un marché potentiel dans lequel les signaux d’intention pourraient être détectés, prévus, orientés puis monétisés. L’Université de Cambridge a résumé leurs travaux en décembre 2024.

Imaginez la valeur d’un système capable de distinguer quelqu’un qui aime regarder des voitures de quelqu’un qui envisage sérieusement d’en acheter une dans les quinze prochains jours.

Ce n’est pas la même donnée. Et ce n’est pas le même prix.

Et pour les indépendants, consultants et petites entreprises ?

C’est probablement là que je trouve cette évolution la plus concrète.

Pendant des années, nous leur avons répété : « Créez du contenu. Faites grossir votre audience. Soyez visible. »

Tout cela reste utile. Mais la question à poser désormais est plus précise :

Visible par qui, et interprétable par quoi ?

Si demain quelqu’un demande : « Trouve-moi une consultante capable de m’accompagner sur une reconversion professionnelle, avec une bonne connaissance de l’entrepreneuriat et qui travaille à distance », quelles informations l’agent utilisera-t-il ?

Quels sites ? Quels contenus ? Quels avis ? Quels profils ? Quelles preuves ? Et surtout : comprendra-t-il correctement ce que vous faites ?

Voilà pourquoi je m’intéresse autant au GEO et aux transformations du référencement liées aux modèles génératifs.

Il ne s’agit pas simplement de « faire du SEO pour ChatGPT ». Formulé ainsi, le sujet devient rapidement ridicule.

Il s’agit de comprendre comment une entreprise, une expertise ou une personne devient une entité compréhensible, crédible et mobilisable dans une réponse générée par une machine.

C’est aussi pour ça que je suis cette chaîne

Je regarde énormément de contenus sur l’IA. Et j’en abandonne énormément aussi. Souvent avant la fin.

Pas parce qu’ils sont faux. Parce qu’ils vieillissent parfois en quarante-huit heures.

Le bouton présenté comme révolutionnaire lundi est devenu banal jeudi. Le modèle « incroyable » de février est dépassé en avril.

La chaîne IA et Stratégie | Le SamourAI m’intéresse lorsqu’elle prend ce genre d’angle : regarder derrière la technologie et se demander quelle structure économique elle est en train de déplacer.

Pas : « Qu’est-ce que cette IA sait faire aujourd’hui ? »

Mais : « Qu’est-ce qui devient possible maintenant que cette IA existe ? »

Puis : « Si cela devient banal, qu’est-ce que ça détruit, qu’est-ce que ça déplace et qu’est-ce que ça rend soudain beaucoup plus précieux ? »

Parce que l’IA qui rédige votre prochain email vous fait gagner cinq minutes.

L’IA qui s’intercale entre vous et votre prochain client peut modifier votre modèle économique.

Et pendant que beaucoup continuent à compter leurs impressions, les machines commencent peut-être déjà à compter autre chose.


Sources et lectures


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Nathalie Aufrère

Consultante en évolution professionnelle, coach professionnelle et hypnopraticienne à Trélissac, près de Périgueux, et à distance.

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