Comment démotiver quelqu’un ? Lui faire croire qu’il est déjà arrivé

Il existe une manière assez efficace de couper l’élan de quelqu’un tout en ayant l’impression de lui faire un compliment : lui faire croire qu’il est arrivé.

« Tu as réussi. » « Tu es faite pour ça. » « Tu as trouvé ta voie. » « Tu es devenue experte. » Sur le moment, c’est agréable. Le problème commence quand la reconnaissance cesse de regarder le chemin parcouru et transforme une étape en identité définitive.

Comment démotiver quelqu’un ? Lui faire croire qu’il est déjà arrivé alors qu’il est seulement en chemin.

Nathalie Aufrère avec la citation « Comment démotiver quelqu’un ? Lui faire croire qu’il est déjà arrivé alors qu’il est seulement en chemin. »

La motivation aime moins les podiums qu’on ne le croit

On imagine souvent que la motivation fonctionne comme un réservoir : plus on ajoute de compliments, plus il se remplit. C’est séduisant. C’est aussi beaucoup trop simple.

La motivation se nourrit souvent de la perception d’une progression. L’objectif doit sembler atteignable sans donner l’impression que tout est déjà joué. Quand tous les retours adressés à une personne disent « c’est bon, tu y es », une partie de cette tension disparaît.

Ce n’est pas une raison pour devenir ce collègue délicieux qui répond « peut mieux faire » à chaque réussite. La reconnaissance compte. Mais elle peut porter sur deux choses très différentes : une identité figée, ou un processus.

Dire « tu es brillante » peut enfermer davantage que « regarde ce que tu as appris pour parvenir à ce résultat ». Dans le second cas, la réussite reste reliée à des comportements, des compétences, des essais, parfois quelques ratés assez peu instagrammables. Elle reste donc rattachée à quelque chose que l’on peut reproduire et améliorer.

Cette distinction a surtout été étudiée chez l’enfant. Dans une série d’expériences, Claudia Mueller et Carol Dweck ont observé que des éloges portant sur l’intelligence pouvaient fragiliser la motivation et la performance après un échec, par rapport à des retours centrés sur l’effort. Une étude longitudinale publiée en 2013 a associé les encouragements parentaux portant sur le processus à des conceptions plus progressives de l’apprentissage chez les enfants.

Ces résultats ne se transposent pas automatiquement au management ou à la reconversion adulte. Ils invitent cependant à préférer un retour précis sur les stratégies et les progrès à une étiquette globale.

Le piège de l’identité professionnelle

Je le rencontre régulièrement dans les parcours professionnels. Une personne devient « la RH », « le commercial », « la soignante », « l’experte », « le manager fiable ». À force d’entendre cette définition, elle finit parfois par la prendre pour une frontière.

Un métier et une compétence ne résument pas une identité.

C’est précisément ce qui rend certaines reconversions si difficiles. Sur le papier, la personne veut changer. Dans sa tête, elle doit aussi accepter de redevenir débutante. Et ça, après quinze ou vingt ans passés à être reconnue pour ce qu’elle maîtrise, peut être beaucoup plus inconfortable qu’un nouveau CV.

Il faut supporter de poser des questions idiotes. De ne plus être celle qu’on appelle quand personne ne sait quoi faire. D’avoir besoin d’aide. De produire quelque chose de moyen avant de produire quelque chose de bon.

Autrement dit, progresser demande parfois d’abandonner temporairement le plaisir d’avoir l’air compétent.

La zone de confort n’est pas toujours confortable

L’expression est tellement utilisée qu’elle a fini par ressembler à une décoration murale de salle de coaching. Pourtant, derrière le cliché, il existe un phénomène très concret.

Nous avons tendance à répéter ce qui confirme l’image que nous avons de nous-mêmes et celle que les autres nous renvoient. Pas forcément parce que cette situation nous rend heureux. Parce qu’elle est connue.

On peut donc être parfaitement malheureux dans une zone de confort. Le confort, ici, tient surtout à la prévisibilité.

Vous savez comment fonctionne votre poste. Vous savez ce que votre entourage pense de vous. Vous savez quel niveau de performance vous pouvez atteindre. Vous savez aussi exactement ce qui vous agace tous les lundis matin. C’est presque rassurant. Tragique, mais rassurant.

Pourquoi certaines personnes décrochent juste après avoir réussi

Promotion obtenue. Diplôme décroché. Objectif commercial atteint. Entreprise lancée. Reconversion terminée. Puis, parfois, plus grand-chose.

Ce passage peut surprendre parce qu’on s’attend à ressentir durablement la satisfaction promise. Mais un objectif a aussi une fonction d’organisation : il donne une direction aux efforts. Une fois atteint, il faut reconstruire une direction.

Le risque consiste alors à confondre « j’ai atteint cet objectif » avec « j’ai atteint ma destination ». Le premier énoncé ouvre la suite. Le second la ferme.

En accompagnement, féliciter n’est pas flatter

Quand j’accompagne quelqu’un en bilan de compétences, en coaching ou dans un projet de reconversion, mon travail n’est pas de lui expliquer pendant des heures qu’il est formidable. Ses amis peuvent s’en charger gratuitement, et certains sont très compétents dans cette spécialité.

Mon rôle consiste davantage à l’aider à voir ce qui a réellement progressé, ce qui fonctionne, ce qui mérite encore d’être travaillé et ce qui relève peut-être d’une représentation fausse du métier ou du projet envisagé.

La différence est concrète. Une reconnaissance utile ne dit pas « vous êtes arrivé ». Elle dit : « voilà ce que vous savez maintenant faire, voilà ce que cela rend possible ».

Le bon compliment donne envie de continuer

Si vous managez, accompagnez, enseignez ou élevez quelqu’un, regardez la manière dont vous formulez vos encouragements.

  • « Tu es naturellement doué » peut devenir « tu as trouvé une méthode qui fonctionne ».
  • « Tu es une excellente manager » peut devenir « ta manière de gérer cette situation a clairement fait progresser l’équipe ».
  • « Tu as enfin trouvé ta voie » peut devenir « ce choix semble cohérent avec ce que tu veux aujourd’hui, voyons ce qu’il te permet de construire ».

Le vocabulaire paraît proche, mais il n’oriente pas l’attention au même endroit. Dans un cas, la personne reçoit une étiquette. Dans l’autre, elle reçoit des informations sur sa progression.

Et si vous avez vous-même l’impression d’être arrivé ?

Posez une question moins spectaculaire que « quelle est ma mission de vie ? » et souvent beaucoup plus utile : qu’est-ce que je ne sais pas encore faire et que j’aimerais savoir faire dans un an ?

La réponse peut concerner votre métier, votre rapport à l’argent, votre capacité à vendre, votre posture, un changement de secteur, votre équilibre de vie ou simplement une compétence que vous avez cessé de développer.

Ensuite, cherchez des preuves de mouvement plutôt qu’une nouvelle étiquette. Une conversation menée. Une formation commencée. Une hypothèse testée. Une candidature envoyée. Un premier client. Une compétence pratiquée suffisamment longtemps pour cesser d’être théorique.

Le chemin devient beaucoup plus intéressant quand on arrête d’exiger qu’il ressemble déjà à une destination.


Questions fréquentes sur motivation et évolution professionnelle

Pourquoi peut-on perdre sa motivation après avoir atteint un objectif ?

Parce que l’objectif donnait une direction aux efforts. Une fois atteint, la disparition de cette direction peut créer un creux. Cela ne signifie pas nécessairement que le projet était mauvais. Il faut parfois définir l’étape suivante au lieu d’attendre que la motivation revienne spontanément.

Les compliments peuvent-ils démotiver ?

Oui, selon leur formulation et le contexte. Un compliment qui fige une personne dans une qualité ou une identité peut augmenter la pression à rester conforme à cette image. Un retour précis sur les efforts, les stratégies utilisées et les progrès donne davantage d’informations pour continuer à avancer.

Comment retrouver de la motivation dans son travail ?

Commencez par distinguer plusieurs problèmes possibles : fatigue, perte de sens, absence de progression, environnement de travail dégradé, inadéquation avec le métier ou objectif devenu flou. Chercher à « se remotiver » sans identifier la cause revient souvent à traiter le voyant du tableau de bord plutôt que ce qui l’a allumé.

Un bilan de compétences peut-il aider en cas de démotivation professionnelle ?

Il peut être utile lorsque la démotivation pose une question d’évolution professionnelle. Le bilan permet de clarifier les compétences acquises, les besoins, les contraintes et plusieurs pistes réalistes. Il n’a en revanche pas vocation à diagnostiquer ou traiter une souffrance psychique ou un problème médical.

Si cette démotivation interroge votre avenir professionnel, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange.

Vous n’avez pas besoin qu’on vous annonce que vous êtes arrivé. Vous avez surtout besoin de savoir si le chemin sur lequel vous êtes encore en train d’avancer mérite d’être poursuivi.


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Nathalie Aufrère

Consultante en évolution professionnelle, coach professionnelle et hypnopraticienne à Trélissac, près de Périgueux, et à distance.

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