Quel est le meilleur conseil que vous ayez jamais reçu ?
On m’a donné beaucoup de conseils dans ma vie.
Certains très bons.
D’autres probablement prononcés avec amour, bienveillance et cette assurance fascinante qu’ont parfois les gens lorsqu’ils expliquent comment vivre une vie qui n’est pas la leur.
Avec le recul, celui que j’ai le plus souvent appliqué pourrait se résumer ainsi :
Écoute les conseils. Mais regarde toujours qui va vivre avec les conséquences.
Spoiler : généralement, c’est toi.
Et cette petite précision change beaucoup de choses.
« Moi, à ta place… »
J’adore cette phrase.
« Moi, à ta place, je garderais ton poste. »
« Moi, à ta place, je ne prendrais pas ce risque. »
« Moi, à ta place, j’attendrais encore. »
Techniquement, le problème est déjà dans la première moitié de la phrase.
La personne n’est pas à ta place.
Elle n’a ni tes contraintes, ni ton énergie disponible, ni ton rapport au risque.
Elle n’a peut-être pas non plus tes compétences, tes envies ou tes quinze dernières années de ras-le-bol soigneusement empilées sous un sourire professionnel.
Elle répond avec son propre système de référence.
Et nous faisons tous ça.
Quand quelqu’un nous demande conseil, nous ne sortons pas spontanément de notre cerveau pour entrer dans le sien. Nous comparons sa situation à notre expérience.
C’est humain.
C’est aussi une excellente façon de raconter beaucoup de choses sur soi en croyant parler de quelqu’un d’autre.
Un conseil peut être sincère et totalement mauvais
Les deux ne sont pas incompatibles.
Prenons la reconversion professionnelle.
Vous annoncez à quelqu’un :
« Je réfléchis sérieusement à quitter mon métier. »
Il répond :
« Avec la situation actuelle, moi je ne bougerais pas. »
Très bien.
Mais de quelle information dispose-t-il ?
A-t-il étudié votre marché ? Vos compétences transférables ? Les recrutements dans les métiers visés ? Votre capacité financière à absorber une transition ? Votre besoin de formation ?
Probablement pas.
En revanche, nous savons désormais qu’il trouve le marché du travail inquiétant.
Information intéressante.
Sur lui.
Beaucoup moins sur votre projet.
La peur aime énormément se déguiser en prudence
C’est probablement l’un des phénomènes que j’observe le plus dans les décisions professionnelles.
On croit être raisonnable.
En réalité, on essaie parfois simplement de supprimer toute incertitude avant d’agir.
Et là, bonne chance.
« J’attends d’être sûre. »
Sûre de quoi ?
Que la formation fonctionnera ? Que le métier vous plaira pendant vingt ans ? Que votre activité décollera ? Que personne ne vous regrettera dans votre ancienne entreprise ? Que Mercure restera définitivement hors rétrogradation ?
Il n’existe pratiquement aucune décision professionnelle intéressante accompagnée d’un certificat de garantie.
On peut réduire l’incertitude.
Pas l’abolir.
La bonne prudence produit des informations
C’est là que les choses deviennent plus intéressantes.
Vous envisagez un métier ?
Ne demandez pas seulement à votre entourage ce qu’il en pense.
Parlez à des personnes qui l’exercent. Regardez les offres d’emploi. Analysez les rémunérations. Étudiez les conditions d’accès. Faites une immersion si c’est possible. Vérifiez ce qu’on raconte sur la réalité du quotidien.
Vous voulez créer votre activité ?
Avant de décider que « ça va marcher » ou que « c’est trop risqué », confrontez votre idée au marché.
Qui achète ? À quel prix ? Pour résoudre quel problème ? Comment ces personnes achètent-elles déjà ce type de service ? Combien faut-il vendre chaque mois pour vivre correctement ?
Le tableur est parfois moins sexy que la visualisation positive.
Il présente néanmoins un avantage appréciable : Excel n’a aucune raison de vous flatter.
On cherche parfois un conseil alors qu’on cherche une permission
Celle-là pique un peu plus.
Quand quelqu’un me demande :
« Qu’est-ce que vous feriez à ma place ? »
Je me demande souvent ce qu’il souhaite réellement obtenir.
Une analyse ? Un contrepoint ? Ou une autorisation ?
La permission de quitter. De recommencer. De changer de métier à 45 ans. De gagner plus. De travailler moins. De reconnaître qu’un projet poursuivi pendant des années n’a plus aucun sens. De choisir quelque chose qui fera peut-être lever un sourcil à Noël.
Nous adorons la validation externe.
Ce serait tellement pratique qu’un professionnel arrive avec un tampon :
PROJET DE VIE VALIDÉ PAR L’AUTORITÉ COMPÉTENTE.
Malheureusement, le bureau est fermé.
Les proches peuvent être de très mauvais conseillers professionnels
Précision avant le drame familial : cela ne signifie pas qu’ils sont de mauvaises personnes.
Parfois, c’est exactement l’inverse.
Ils veulent vous protéger.
Et quand on veut protéger quelqu’un, notre cerveau préfère souvent le connu.
Même lorsque le connu ne lui convient plus.
Un CDI insatisfaisant paraît parfois plus rassurant qu’un projet enthousiasmant mais incertain.
Votre entourage voit également ce que votre changement risque de modifier dans son propre quotidien : vos horaires, vos revenus, votre disponibilité, votre place dans la famille.
Ce n’est pas forcément conscient.
Mais une reconversion n’affecte jamais uniquement la personne qui change de métier.
Ce qui explique certaines réactions étonnamment passionnées autour d’un projet qui, officiellement, ne concerne pas directement votre belle-mère.
Tous les conseils ne se valent pas
Je distingue généralement plusieurs catégories.
Il y a le conseil d’expert.
Un comptable sur la viabilité financière. Un recruteur sur un marché de l’emploi. Un professionnel du métier visé sur ses conditions réelles d’exercice.
Celui-là mérite votre attention.
Il y a le conseil d’expérience.
« J’ai vécu quelque chose de similaire, voilà ce qui m’a surpris. »
Utile également, à condition de se rappeler qu’une expérience personnelle n’est pas une loi universelle.
Puis il existe le conseil de projection.
« Personnellement, je ne pourrais jamais faire ça. »
Merci.
C’est précisément la raison pour laquelle ce projet n’est pas le vôtre.
La bonne question n’est pas « qui a raison ? »
Quand deux personnes vous donnent deux avis contraires, le réflexe consiste souvent à chercher laquelle détient la vérité.
Mauvaise piste.
Posez plutôt ces questions :
- Sur quels faits cet avis repose-t-il ?
- La personne connaît-elle réellement le sujet ?
- A-t-elle intérêt à ce que je choisisse une option plutôt qu’une autre ?
- Parle-t-elle de mon projet ou de sa propre peur ?
- Qu’est-ce que je peux vérifier moi-même ?
Vous récupérez alors quelque chose de beaucoup plus utile qu’un avis.
Des critères de décision.
Je ne décide pas non plus pour les personnes que j’accompagne
Cela peut sembler étrange venant d’une consultante en évolution professionnelle.
Après tout, je suis payée pour aider à prendre des décisions.
Justement.
Aider quelqu’un à décider n’est pas décider à sa place.
Je peux mettre en évidence une incohérence. Dire qu’un projet semble fragile. Faire remarquer que le modèle économique ne tient pas. Montrer qu’une piste a été idéalisée. Chercher des données que la personne n’a pas encore regardées.
Je peux aussi dire :
« Là, vous êtes probablement en train de vous raconter une histoire. »
Avec toute la délicatesse dont je suis capable.
Mais à la fin, ma mission consiste à améliorer la qualité de la décision.
Pas à remplacer la personne qui la prend.
Une décision adulte n’est pas une décision certaine
C’est probablement la formulation qui me convient le mieux aujourd’hui.
Une décision adulte est une décision prise avec suffisamment d’informations pour accepter le risque résiduel.
On regarde les bénéfices possibles. Les pertes possibles. Ce qu’on peut tester. Ce qu’on peut sécuriser. Ce qui serait réversible.
Puis on choisit.
Pas parce qu’on connaît l’avenir.
Parce qu’on a suffisamment travaillé le présent.
Alors, quel est le meilleur conseil que j’ai reçu ?
Probablement celui-ci :
Prends les informations chez les autres. Garde la décision chez toi.
Cela évite deux problèmes assez répandus.
Vivre une vie choisie par quelqu’un d’autre.
Et lui en vouloir ensuite.
Les deux sont médiocres.
Vous êtes en pleine réflexion professionnelle ?
Si vous envisagez une reconversion, un changement de poste, une création d’activité ou simplement que vous sentez qu’il faut bouger sans encore savoir dans quelle direction, je peux vous aider à transformer les avis, les peurs et les intuitions en éléments vérifiables.
Pas de boule de cristal.
Pas de « vous devriez absolument ».
On travaille avec votre réalité.
Parce qu’entre « tout quitter demain matin » et « attendre encore cinq ans pour être vraiment sûre », il existe heureusement quelques options.

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